En quoi le stress et l’anxiété participent à l’évolution humaine ? Faut-il les combattre ? Sont-ils nécessaires pour dégager les incohérences de nos attitudes ? Le stress et l’anxiété contribuent-ils à l’éveil de la conscience ? Faut-il se féliciter de vivre des moments anxiogènes afin de modifier nos comportements ? Et enfin, en quoi les massages bien-être, par leur dimension éducative, ont-ils un rôle majeur à jouer dans notre bien-être ?

Provocante cette introduction ? Pas tant que cela ! C’est imaginer pouvoir vivre sans stress qui est une hérésie.
Dans toute son histoire, l’être humain a été confronté à l’incertitude et au changement. A chaque tournant de sa vie, le stress l’a accompagné tout comme l’anxiété, pour le meilleur comme pour le pire.
Du trouble anxieux, de la phobie jusqu’à l’état de stress, l’homme a toujours éprouvé une certaine inquiétude vis-à-vis des chemins à emprunter, des choix à faire et des conséquences à venir.
La sensation d’une tension extérieure pose des questionnements. Face à une situation particulière ou à un objet spécifique, l’homme est interpelé par des ressentis qui suscitent des émotions et de l’agitation.
En fait, ces sensations sont nécessaires afin d’orienter un comportement ou influencer une réflexion. Elles sont utiles et non maîtrisables dans leur émergence. Elles nous préparent à faire face à des situations heureuses ou difficiles, en anticipant ou en réagissant.
L’anxiété tout comme le stress sont incontournables. Toutefois, c’est la dimension excessive de ces vécus qui nécessite un accompagnement. Bien sûr, les troubles anxieux perturbent le comportement, les pensées, les sentiments ainsi que les perceptions physiques.
Cependant, ils doivent être interprétés comme des signaux riches d’informations sur notre état intérieur, sur ce qui est touché, à l’instant présent. Cet état d’alerte est-il à combattre alors qu’il nous informe que notre comportement et notre représentation de l’événement ne sont pas adaptés ? Faut-il réduire au silence un fonctionnement utile à notre évolution ? Faut-il positionner l’anxiété par exemple comme une pathologie pour ensuite la médicaliser et l’amener à disparaître du champ de conscience de l’individu ?
Les travaux de recherche de Ap Dijksterhuis et Loran Nordgren rendus publics en 2006 créditent l’orientation qui consisterait « à laisser passer l’information du cortex préfrontal vers le champ de conscience » afin de permettre à l’individu d’aboutir à la solution la plus pertinente pour son bien-être. Qu’est-ce que cela suppose ?
En premier lieu, le cortex préfrontal est considéré comme l’une des régions la plus évoluée du cerveau. Cette zone du cerveau n’a de cesse de traiter les informations avec finesse, sensibilité et justesse en mettant en jeu une remarquable capacité d’adaptation. En résumé, le cortex préfrontal fait du « sur-mesure ». Si les autres régions cérébrales mémorisent, traduisent, répètent, agissent certes avec promptitude mais parfois sans discernement, le cortex préfrontal quant à lui, élabore avec une grande flexibilité et plasticité des solutions de croissance, d’évolution et de transformation en tenant compte d’informations issues de l’inconscient. Il est ainsi en mesure d’accepter des situations nouvelles en les traitant de façon singulière et spécifique. Il assimile des données qui ne sont pas encore « conscientes » pour la personne et délivre ainsi un message considéré comme « intuitif », un message qui « fait sens » !
Le cortex préfrontal, grâce aux informations innovantes qu’il élabore, ouvre notre champ de conscience et modifie notre regard sur l’événement. Il semblerait que le cortex préfrontal intègre des données profondes dont le sujet n’a pas encore conscience.
C’est ainsi que lorsque le comportement de la personne s’éloigne de ce qui est de l’ordre de la cohérence et de la justesse pour elle, le cortex préfontal adresse à l’organisme un message spécifique, codifié comme stressant.
Il s’agit d’un message certes primaire, mais il a l’énorme avantage d’être perçu par l’humain. Encore faut-il qu’il identifie cette notion de stress, qu’il lui accorde une importance et de l’intérêt. Décoder l’information ainsi envoyée par le cortex préfrontal n’est pas une mince affaire ! D’ailleurs est-il souhaitable de toujours chercher à décoder ? Il suffit souvent d’être attentif à ce qui se passe intérieurement, disponible, réceptif, sensible…
Le neuropsychologue américain Antonio Domasio précise que le cortex préfrontal fabrique un état de stress au vu d’informations susceptibles de créer un danger immédiat ou différé. Antonio Domasio attribue au cortex préfrontal l’appellation de « conscience-noyau ».
Celui-ci serait en lien avec le thalamus engyrus cingulaire, zone ancienne de l’évolution de l’espèce humaine, similaire à celle des animaux et qui aurait atteint chez l’homme un niveau de « guidance » et de conscience éclairée.
Lorsque l’être humain est face à une situation de changement, les mouvements automatiques adaptés aux situations de routine ne produisent pas alors des résultats très pertinents. Le cerveau préfrontal détecte cette incohérence. S’il ne peut en aucun cas déjouer le phénomène de répétition qui s’engage, il lui est possible malgré tout d’adresser à l’ensemble du corps un message d’alarme (stress) soulignant l’ambiguïté voire le côté inapproprié de la réponse qui se met en place.
Ce stress indique que la solution pour l’instant choisie n’est pas compatible avec l’équilibre du corps, le niveau d’homéostasie.
Une mauvaise gestion de la situation est ainsi signalée. Le stress révèle un conflit entre un mode réactif, automatique, lié aux conditionnements, aux attachements , aux habitudes et un mode adaptatif qui souligne l’évolution et la croissance.
A l’institut de médecine environnementale de Paris, Camille Lefrançois, docteur en psychologie cognitive évoque que la prise de recul, la capacité à laisser le questionnement jouer son rôle face à la situation présente, à accepter l’intervention du stress et sa dimension éducative atténuent les effets dits négatifs de celui-ci.

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Quelle place pour les Massages-Bien-Être ?
Comment le cortex préfrontal peut-il être sollicité?
Le cortex préfrontal est sollicité dès lors qu’une pratique conduit à l’acceptation du vécu de son corps à l’instant présent, qu’une prise de recul est engagé et que le consentement à vivre en état de conciliation, d’ouverture et de compassion avec soi-même soit réel. Le stress est pour beaucoup l’ennemi numéro 1 à combattre et à gérer.
« Gérer le stress » est d’ailleurs une absurdité : le stress ne se gère pas ! C’est comme parvenir à « gérer notre inconscient » !
Il serait sage de renoncer à cette vélléïté de toute puissance. En revanche, il est possible de modifier son regard, son rapport aux personnes et aux situations, de modifier ainsi sa posture, sa distance pour une plus grande qualité relationnelle avec soi et les autres.
Eva Jonville et Camille Lefrançois précisent « que l’on dispose aujourd’hui de suffisamment d’indices scientifiques pour penser que le stress n’est qu’un message émis par une partie de notre cerveau pour attirer notre attention sur le fait que nous devons adapter nos conduites à des conditions nouvelles. »

Le massage-bien-être, dans sa dimension éducative par le toucher, a bien évidemment un rôle majeur à remplir dans ce contexte. La relaxation corporelle par le Massage-Bien-Être est une pratique permettant d’offrir au bénéficiaire un temps de « lâcher-prise » facilitant la déconnexion des mouvements réflexes de l’organisme.
Les massages-bien-être préparent le cerveau à agir différemment. Ils fournissent une attitude distanciée prémice d’une réponse élaborée sur d’autres bases que sur celles des automatismes.
Cette relativité émergente favorise un mode adaptatif, porteur d’ouverture au changement.
Il en résulte une attitude plus flexible et des réponses plus nuancées. Le cortex préfrontal activé ainsi par les massages-bien-être offre au bénéficiaire une perspective élargie de la situation, moins « verrouillée » par des à-priori, et par des conditionnements.
Le stress, ne l’oublions pas, est un message transmis par une partie de notre cerveau afin que nous modifions quelques règles de vies, et certaines conduites à risque pour notre bien-être.
Le stress ne serait-il pas un moyen intérieur permettant de faire progresser le niveau de conscience de l’humain ? D’intégrer plus d’humanité dans son cheminement ?

Il est certain aujourd’hui que les situations enfermantes, sclérosantes et répétitives sont un important facteur de stress et d’anxiété. Le cortex préfrontal est le lien entre la conscience et le corporel. Il encourage et stimule les remises en cause et accompagne le changement.
La « non-acceptation » que tout soit mouvement impermanent crée le conflit. Le cortex préfrontal en agissant sur le complexe amygdalien-hypothalamushypophyse émet des signaux et souligne ainsi la nécessité de passer sans cesse à d’autres modes de traitement des situations. Cela suppose des prises de consciences régulières sur ce qui nous anime et nous entoure. C’est alors que l’impact du stress diminue.

Le stress et l’anxiété nous invitent à un changement de comportement. C’est leur rôle. En le comprenant, en étant à l’écoute du corps et de ses différents messages émotionnels, les effets indésirables de l’anxiété et de stress se stabilisent et diminuent.
Les massages-bien-être, en proposant un état de relaxation musculaire, un ralentissement du rythme respiratoire et cardiaque, une détente de la région abdominale, déclenchent une réaction physiologique qui neutralise la montée en puissance de l’anxiété, du stress, tout en participant à la mise en place d’un état corporel plus pacifié, moins divisé.
Les massages-bien-être, par leur dimension éducative, contribuent à une plus grande connaissance de soi et à une meilleure adaptation aux conditions d’une société sans cesse en mutation.

Roger DAULIN
Vice-Président de la FFMBE

Quelques chiffres…

18% Selon le site américain de santé Webond.com les malades de l’anxiété toucheraient 18% de la population des Etats-Unis. Il semble qu’en Europe, au vu du nombre d’ordonnances pour les tranquillisants (bendodiazépine etc…) par exemple, ces chiffres soient crédibles et certainement comparables.
Source : statistiques sur l’anxiété : créapharma.ch

68% des personnes souffrant d’anxiété évoquent des pensées ou images intrusives, envahissantes et récurrentes. Ces chiffres renforcent les constats réalisés ces dernières années sur le présentéisme en entreprise.
Source : sondage psycause

32% des personnes souffrant d’anxiété évoquent des symptômes physiologiques sur une longue période.
Source : sondage psycause

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